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4 juillet 2012 3 04 /07 /juillet /2012 08:30

[LIVRE] Mon traître de Sorj Chalandon

Année : 2007.

Auteur : Sorj Chalandon.

Editeur : Editions Grasset & Fasquelle.

Genre : Roman autobiographique.

 

 

Histoire

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Antoine est un luthier parisien, tombé amoureux de l'Irlande un peu par hasard. Un jour, un client breton lui demande "Vous connaissez l'Irlande du Nord ?" et lorsqu'il répond que non, le Breton lui rétorque : "Alors, vous ne connaissez pas l'Irlande". Piqué au vif, Antoine part pour Belfast où il fait la rencontre de Jim et de Cathy, un couple avec qui il se lie d'amitié. Leur fils est mort lors d'une émeute, ils se battent pour la République irlandaise et Antoine tombe amoureux de ce pays, de ces gens et de leur cause. C'est ainsi qu'il fait la connaissance de Tyrone Meehan, un homme charismatique qui se prend d'affection pour lui et le considère comme son fils. Lorsqu'il apprend que Tyrone a trahi les siens pendant 25 ans en donnant des renseignements aux Britanniques, Antoine se sent lui aussi trahi en tant qu'ami. Mon traître raconte le désarroi d'un homme trahi par celui qu'il admirait et qu'il estimait profondément ; ce roman est né d'une blessure autobiographique puisqu'il renvoie à l'amitié qui liait Sorj Chalandon à Denis Donaldson. 

 

 

Extrait

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Tyrone Meehan

 

La première fois que j'ai vu mon traître, il m'a appris à pisser. C'était à Belfast, au Thomas Ashe, un club réservé aux anciens prisonniers républicains. J'étais près de la porte, à côté de la grande cheminée, assis à une table couverte de verres vides et de bou-teilles mortes. C'était la place préférée de Jim et de Cathy O'Leary, qui m'ouvraient un lit quand je venais en Irlande du Nord. Jim O'Leary était un ami. Il avait fait de la prison pour transport d'armes. Il était menuisier mais catholique. Et donc chômeur, comme sa femme. Et il a été chômeur jusqu'à la fin.

 La première fois que j'ai vu mon traître, c'était ce soir-là, le samedi 9 avril 1977, en compagnie de Cathy et Jim O'Leary. Jim revenait du comptoir, trois pintes de bière serrées dans ses grosses mains. Une bière amère, noire, lourde comme un repas d'hiver, avec une mousse ocre et douceâtre qui retourne le cœur. Il a posé les verres devant moi. Il plaisantait avec un homme, levé à une table voisine. Au Thomas Ashe, Jim connaissait tout le monde. Une petite foule qui vivait entre liberté et captivité, qui avait sa place aux tables à bières, et puis ses habitudes derrière les barbelés. Cette veille de Pâques, j'avais bu depuis le milieu de l'après-midi. Un verre ici, un autre là, en attendant que Jim ait fini ses missions. Il m'avait emmené au Rock Bar, au Busy Bee, ailleurs encore protégé par un guetteur de rue, un détour par cette impasse, un rendez-vous dans ce parc, une poignée de main au père Mullan, trois mots en gaélique murmurés à hauteur d'un passant, un billet à glisser, une intrigue entre deux portes. Et moi je suivais Jim. Je n'étais d'aucun secret, d'aucune confidence. Je regardais à peine. Je n'ai jamais posé de question. J'étais juste fier de marcher avec lui, le long des rues inquiètes, avec ces gens qui le saluaient. J'étais fier parce qu'ils me remarquaient à ses côtés. Ils retenaient mon visage, et Antoine, mon prénom.

 Nous étions au début de la nuit. Les bières revenaient encore et encore. Mes yeux brû-laient de leurs cigarettes. J'étais ivre. Le choc des pintes. Le rire de Jim et tous les rires autour. L'éclat brut des voix, le tumulte en vagues qui bousculait les tables. Le regard de Cathy, qui cherchait son reflet dans son verre levé. Et puis cette musique.

 - Une chanson rebelle, m'a soufflé Jim.

 J'ai tourné la tête vers la scène.

 O, then tell me, Shawn O'Farrell, where the gath'rin is to be ?

 Je me souviens d'avoir fermé les yeux. J'avais mon verre en main, et deux verres pleins encore, sur la table mouillée.

 Les musiciens chantaient la guerre.

 

 

Ma critique

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Depuis la critique de Touti, il me tardait de lire ce livre. L'IRA m'a toujours intéressé car je ne connais pas grand chose de l'histoire de l'Irlande. Le livre, ici, nous donne un aperçu sans pour autant rentrer dans les détails (Chose qui m'a manqué). Il se base sur l'histoire vraie de Denis Donaldson qui dans le livre porte le nom de Tyrone Meehan.

On a une vision de l'histoire par le luthier qui, n'étant pas Irlandais, adhère à la cause de l'IRA et va expliquer au fur et à mesure son amitié grandissante pour Tyrone, pour l'Irlande. Jusqu'à se sentir trahi... J'ai trouvé la relation entre Tyrone et Antoine très complexe par les liens qui les unissent.

Mais ce qui m'a plu par dessus tout, c'est surtout les descriptions de l'Irlande. A chaque description, on la voit, on la touche, on la respire...

Par contre, lire une telle histoire nous fait remettre aussi les pieds sur terre. On n'a pas à se plaindre en France. Car quand on lit ce que les enfants irlandais vivaient, cela fait froid dans le dos. Tant de jeunesse perdue par la guerre et l'injustice.

Seul bémol que je reproche au livre, c'est le style d'écriture, trop simple par moments avec beaucoup de répétitions du pronom "il". C'est un peu lourd par moments même si je comprends l'auteur pour l'avoir autant répété.

Je viens d'attaquer "Retour à Killybegs" ; aux premières lignes, le style m'a plu automatiquement.

Une histoire à lire, qui fait réfléchir et qui donne aussi un aperçu de la véritable Irlande.

 

7

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Published by Fauve - dans Littérature
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